Faé Emerse, sélectionneur de la Côte d’Ivoire, en conférence de presse avant Égypte–Côte d’Ivoire au stade d’Agadir, le vendredi 9 janvier 2026.
Vous retrouvez l'Égypte en quarts de finale avec Hossam Hassan contre qui vous avez joué entant que joueur et vous retrouvez aujourd'hui en tant qu'entraîneurs. Qu'est-ce que cela vous fait ?
Justement, ça me fait toujours rire, ça me fait toujours plaisir. C’est vrai que c’est bizarre de retrouver Hossam Hassan demain en quart de finale, tous les deux en tant qu’entraîneurs. Pour l’instant, il mène 1–0, donc j’ai bien l’intention d’égaliser demain et de qualifier l’équipe pour la demi-finale. Nous nous sommes préparés, nous avons eu quatre jours pour préparer le match de demain. Nous avons pris les deux premiers jours pour nous reposer, pour bien récupérer. Il y avait quelques petits bobos, rien de très grave, mais quelques gênes quand même. Nous avons donc fait le nécessaire pour que tous les joueurs soient aptes et à 100 % demain. Ce soir à l’entraînement, nous préparerons tranquillement, plus en détail, le match de demain.
L’Égypte a, on peut le dire, installé sa base ici à Agadir et joue toujours dans ce stade. Vous, vous êtes en déplacement. Sur ce plan, peut-on dire que l’Égypte a un avantage psychologique ?
Oui, ils ont un avantage, même deux, parce qu’ils ont joué un jour avant nous : ils ont joué lundi, nous avons joué mardi. Après, Dieu merci, nous avons joué 90 minutes et eux 120 minutes. Ils sont « chez eux », même si nous sommes au Maroc et non en Égypte, mais ils sont sur leur camp de base. C’est en arrivant ici hier que j’ai vraiment constaté que c’était important. À Marrakech, nous avions pris nos habitudes et nos repères. En arrivant ici, nous étions un peu perturbés — pas dépaysés, pas déboussolés, mais un peu perturbés quand même : changement d’hôtel, de ville, la disposition n’est pas la même. Nous allons faire avec, il y a un programme, et notre objectif est d’aller au bout. Quelles que soient les étapes, quel que soit le chemin, nous allons nous adapter et tout faire pour continuer à voyager, même si Agadir est une très belle ville, avec un temps magnifique. Mais nous allons essayer de gagner demain pour « déménager » à Tanger en début de semaine prochaine.
À la CAN 2023, on a vu que la Côte d’Ivoire s’était déplacée à Yamoussoukro, où l’équipe a réussi à déloger le Sénégal qui s’était installé là-bas. Est-ce que vous êtes dans la même dynamique pour déloger l’Égypte demain ?
J’espère, en tout cas. J’espère que nous aurons le même scénario que lors de notre déplacement à Yamoussoukro. Après, chaque match, chaque compétition a sa vérité, et la vérité de Yamoussoukro ne sera pas celle d’Agadir. Comme je l’ai dit, le plus important est de s’adapter vite aux nouvelles conditions : s’adapter rapidement à notre hébergement, au stade, pour être prêts demain et se qualifier. L’objectif est d’aller en demi-finale demain en gagnant, et nous allons défier l’Égypte.
Coach, en tant qu’observateurs, nous avons l’impression que cette équipe d’Égypte a deux visages : parfois nonchalante, semblant ne pas maîtriser son sujet, mais capable de piquer et de faire mal à tout moment. Comment joue-t-on contre ce type d’équipe ?
Oui, c’est l’Égypte. Vous en avez fait une très bonne description. Même en 2006, c’était exactement pareil, à la différence qu’ils jouaient chez eux avec l’appui du public. L’Égypte a toujours été comme ça, depuis ma première CAN en 2006. C’est une équipe qui subit, une équipe qui donne l’impression qu’au moindre contact on les a amputés, une équipe qui maîtrise son football : leur football, c’est de déjouer et de punir dès qu’une opportunité se présente. Nous avons étudié l’Égypte version 2025–2026, mais j’aurais pu remettre les images de 2006 : ce serait presque pareil. Les joueurs changent, les maillots changent, mais l’Égypte reste l’Égypte : on a toujours l’impression qu’elle est en difficulté et que ça va lâcher… mais ça ne lâche quasiment jamais.
J’ai étudié l’équipe égyptienne. J’ai commencé par regarder Égypte–Bénin. J’ai trouvé beaucoup de ressemblances avec l’Égypte de 2006 au Caire. J’ai changé, j’ai mis Égypte–Côte d’Ivoire au Caire en 2006 pour les observer… Non, je plaisante ! Mais oui, les forces de cette équipe sont claires : c’est une équipe très solide défensivement, très généreuse. Quand on les voit jouer, on sent qu’ils jouent avec le cœur, pour représenter leur nation. Offensivement, ils ont des atouts que tout le monde connaît : des attaquants de classe mondiale, Salah, Marmoush, un duo très complémentaire, capable de prendre la profondeur, de décrocher, de jouer en première intention. C’est une équipe complète, qui sait défendre, marquer, subir et maîtriser. Ce n’est pas un hasard si c’est la sélection la plus titrée dans cette compétition. Nous avons bien étudié cette équipe égyptienne et nous savons que demain ce sera un match très intéressant entre deux équipes qui voudront gagner et qui ont des arguments. Que le meilleur gagne.
Je voudrais revenir sur votre relation avec Guy Demel. Comment vous êtes-vous rencontrés et pourquoi avez-vous presque exigé sa présence à vos côtés ?
Nous nous sommes rencontrés en sélection en 2005, lorsqu’il était déjà là depuis quelques mois. Nous avons très vite accroché parce que nous avons la même manière de voir les choses, dans la vie comme dans le football : moralité, sincérité, dire ce qu’on pense même si cela peut blesser. En 2006, nous partions en Allemagne pour la Coupe du monde ; pendant le voyage, il m’a présenté celle qui est aujourd’hui ma femme, sa cousine, avec laquelle il a grandi. Nous avons donc beaucoup d’affinités humaines et familiales. Pourquoi je voulais qu’il soit avec moi ? Pour être honnête, c’était mon souhait, mais je n’ai même pas eu besoin d’en faire la demande au président de la FIF. Quand il m’a donné le poste avant la CAN en Côte d’Ivoire, il m’a dit : « Je connais très bien ta relation avec Guy, je lui ai déjà dit qu’il allait te rejoindre. Tu iras au bout de cette mission avec ton frère, parce que je sais qu’ensemble vous pourrez faire de grandes choses. »
Vous avez dit que l’Égypte joue un peu à domicile ici. Ce match sera dirigé par un arbitre marocain. Quel est votre avis sur ce choix ?
Franchement, j’ai déjà beaucoup à faire pour gérer mes joueurs, la tactique et les matchs pour nous qualifier. Il y a un calendrier, des choix d’arbitres, des horaires : je ne maîtrise pas ces éléments et je n’ai aucun impact dessus. On ne me demande pas mon avis. Donc, la seule chose que je peux dire, c’est que je ferai avec. Si demain on me dit que c’est un arbitre égyptien, nous jouerons avec un arbitre égyptien. Là, ce sera un arbitre marocain. Les arbitres ont un devoir d’objectivité et ils arbitreront ce match sans préférence. Ce match sera observé dans le monde entier ; je ne pense pas qu’un arbitre marocain veuille donner une mauvaise image du football africain. Je n’ai aucun problème avec ça, je suis convaincu que ça se passera bien : l’arbitre fera un bon match, les deux équipes aussi, et il y aura du spectacle. Le grand gagnant sera le football africain.
Ahmad Diallo et Yann Diomandé ont été étincelants en huitième de finale. Allez-vous continuer à faire confiance à cette jeunesse insouciante ou réinjecter de l’expérience au coup d’envoi ?
Les deux options sont envisageables. On peut très bien aligner la jeunesse, comme vous l’avez dit, avec Ahmad, Yann, et d’autres encore, ou aligner des joueurs expérimentés. Pour moi, le plus important, ce n’est ni l’âge ni l’expérience, mais ce que les joueurs peuvent apporter par rapport à ce que nous allons leur demander. Vous pouvez aligner des cadres qui passent à côté de leur match, comme des jeunes qui le ratent aussi. Ce n’est pas une question d’âge, mais d’état d’esprit. Aujourd’hui, tout le monde est dans un bon état d’esprit. J’ai 26 joueurs sur qui je peux m’appuyer, qui donneront le meilleur d’eux-mêmes pour gagner ce match et aller le plus loin possible.
Bayo n’a pas repris. Y a-t-il d’autres joueurs touchés ?
Bayo a repris l’entraînement le lendemain du match contre le Burkina, donc mercredi, avec le groupe : ça va mieux. Aïd, c’est vrai, a eu une petite alerte contre le Burkina, ça va mieux aussi. On verra ce soir s’il est à 100 %. Ousmane a également eu une petite gêne mercredi à l’entraînement, mais ça allait mieux ce matin. Nous verrons cet après-midi, avec plus d’intensité, si ça tient. À part cela, tout le monde est apte, prêt pour le match. Dans une CAN, avec des matchs tous les trois ou quatre jours, il est normal qu’il y ait de petites gênes, mais rien de grave. Tous les joueurs vont bien physiquement et mentalement. Nous serons prêts demain.
Concernant le jeune Christ Oulaï, très à l’aise techniquement des deux pieds et surprenant sans ballon : est-il sur la bonne voie pour s’imposer comme pièce maîtresse ?
Il a toutes les qualités pour. Il peut faire une très grosse carrière et une très bonne CAN. Il a un excellent état d’esprit, il est bien entouré, le groupe l’a bien accueilli, ce qui lui a permis de monter en puissance. Nous ne voulions pas le jeter tout de suite dans le grand bain, nous avons procédé étape par étape : prise de repères, intégration dans la vie du groupe, dans notre organisation. Sa première sélection ne date que de novembre. Aujourd’hui, il montre de très bonnes qualités sur le terrain, il est doué techniquement et comprend l’importance de l’état d’esprit pour porter le maillot national, avec et sans ballon. Cela explique ses prestations sur les deux derniers matchs. Nous sommes contents de l’avoir : il apporte de la fraîcheur, de la joie, de l’insouciance, il nous fait rire et nous fait du bien. S’il continue ainsi, il sera un joueur important pour l’équipe nationale. Il l’est déjà aujourd’hui et nous espérons qu’il poursuivra sur cette lancée tout au long de la compétition. J’attends son premier but : j’aimerais qu’il nous fasse gagner demain.
Propos recueillis par SS à Agadir



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