Dans cette interview, Dr Ali Diomandé, Ceinture noire 4e Dan et président du Comité Directeur de Transition (CDT), fait tour d'horizon sur l'actualité du taekwondo ivoirien qui traverse une zone turbulence actuellement.
A la suite de l’Assemblée générale extraordinaire (AGE) du 19 octobre 2024, Jean Marc Yacé a été révoqué. Mais il s’oppose à cette décision de la majorité des Associations en règle. Qu’en pensez-vous ?
J’ai du mal à comprendre la posture de l’ex-président de la FITKD. L’immense majorité des Taekwondo ins, propriétaire de la FITKD, crie son ras le bol du fait de la non organisation d’Assemblées Générales Ordinaires ni de championnats nationaux depuis sa prise de fonction. L’émoi a pris la communauté nationale et internationale avec les graves allégations récurrentes de scandales de harcèlement sexuel incluant même une mineure et d’abus d’autorité et lui se comporte comme si de rien n’était.
Il aurait dû, pour son honneur et celui du Taekwondo ivoirien, pour une question d’éthique, rendre sa démission depuis le 1er scandale qui a impliqué l’athlète Mariama Cissé.
Il serait sorti grandi et l’image du Taekwondo ivoirien aurait été restaurée.
Dommage qu’il ait fait un autre choix.
Quelles actions avez-vous entreprises jusque-là en tant que responsable du Comité Directeur de Transition instaurée à l’AGE ?
Comme l’Assemblée Générale Extraordinaire nous l’a demandé, nous n’avons eu besoin que de 48 heures, là où l’ex-président avait mis un mois, pour constituer un Comité Directeur de Transition (CDT) de 17 membres (et non une armée mexicaine de 48 personnes comme vient de faire Jean Marc Yacé l’ex président, avec d’ailleurs des démissions en cascade) et nommer les présidents de Ligues.
Nous avons investi des personnes compétentes, passionnées pour réaliser les missions et les diligences qui nous attendent.
Nous avons aussi entamé immédiatement toutes les procédures administratives de reconnaissance légale de notre CDT.
Nous avons organisé une séance de travail avec les membres du CDT et les présidents de Ligues d’Abidjan et ses environnants.
Incessamment, nous procéderons aux passages de grades dans les Ligues.
Par ailleurs, les réflexions sur de nouveaux textes de la FTKD sont déjà très avancées.
Il nous faut moderniser nos bases statutaires et règlementaires en tirant enseignements des crises successives survenues dans notre faîtière.
Parallèlement à tout cela, nous devons faire face à toutes les responsabilités qui nous sont imposées par l’ex-président à travers des actions en justice.
Que peut-on retenir de votre rencontre avec la délégation de l’AFTU ?
Nous sommes animés d’un profond sentiment de gratitude vis-à-vis de notre autorité de tutelle, du Comité National Olympique de Côte D’Ivoire (CNO-CI), de la World Taekwondo et de l’AFTU.
La diligence avec laquelle toutes ces prestigieuses instances se sont engagées pour la résolution rapide et durable de cette crise est à saluer.
Cela ne fait qu’accroître nos responsabilités. En effet nous avons la lourde charge d’éloigner le Taekwondo ivoirien des colonnes des tabloïds à scandales et des couloirs des Tribunaux.
D’aucuns disent que vous êtes proche du Grand Maître Bamba Cheick Daniel et que vous seriez même le poulain qu’il aurait jeté dans la course pour le contrôle du Taekwondo en Côte D’Ivoire…
Le Grand Maître Bamba Cheick Daniel ou BCD comme l’appellent affectueusement l’immense majorité des Taekwondo ins de Côte D’Ivoire, a été pendant 7 ans mon entraîneur à l’AUC. Il a été mon coach, le seul que j’ai eu ici en Côte D’Ivoire pendant toute ma carrière de compétiteur. Il m’a coaché au championnat du monde universitaire à Berkeley aux USA en 1986.
Je lui ai succédé comme président de l’AUC Taekwondo par la suite.
Vous conviendrez avec moi, que tout cela laisse des traces affectives indélébiles que les vicissitudes de la vie ne peuvent effacer.
Aussi, et surtout en tant que Taekwondo in, le point 2 de mon Serment est : « Je respecterai mon instructeur et mes séniors ». Je lui dois donc respect et considération.
Toute la communauté du Taekwondo africain lui doit l’organisation du Championnat du monde par équipes, le passage de hauts Grades Kukkiwon, la coupe du monde la Francophonie ; tout cela pour la 1ere fois en terre africaine ici à Abidjan.
Je rappelle que BCD est le président qui a ramené la première médaille d’or olympique avec en plus 3 médailles de bronze olympiques en Côte D’Ivoire.
C’est aussi BCD qui a obtenu l’organisation de la finale des grands prix ici à Abidjan
La cerise sur le gâteau fut la construction du Centre Sportif, Culturel et des Tics Ivoiro-Coréen Alassane Ouattara.
Avec tout cela, là où certains avec moins de réalisations érigent des stèles pour s’auto glorifier, BCD reste humble comme nous l’enseigne le Taekwondo.
La communauté du Taekwondo africain et ivoirien lui doit des honneurs appuyés de son vivant.
Que reprochez-vous exactement à Jean Marc Yacé ?
A ce propos, je voudrais clarifier les choses : je ne connais pas l’ex-président de la FITKD, Jean Marc Yacé, ni d’Adam ni d’Eve, ni dans le milieu du Taekwondo où je baigne depuis 50 ans. S’il est Taekwondo in, en tout cas il n’est pas de ma génération. Je ne l’ai jamais rencontré dans un Dojang (salle d’entraînement) ni au cours d’une compétition.
Donc je n’ai absolument aucun problème personnel avec lui.
Ceci étant, ce que je lui reproche, c’est ce que tous les Taekwondo ins ivoiriens de bon sens lui reprochent et qui se résume au désastre dans lequel il a plongé le Taekwondo ivoirien.
En plus de tout ce qui a déjà été dit on peut ajouter : aucune Assemblée générale pour rendre compte de sa gestion depuis 3 ans ; aucun championnat national depuis 3 ans.
Sans vouloir faire une litanie des manquements de sa gouvernance, on pourrait citer sur le plan administratif la non déclaration d’existence de son Comité Directeur et la non publication de celui-ci au Journal officiel : inadmissible.
Sur le plan institutionnel, on vient de découvrir avec stupéfaction que la FITKD fonctionnait sans agrément de la tutelle : incroyable.
Sur le plan de la gestion administrative, la fermeture du site internet de la FITKD, la disparition des archives du Taekwondo ivoirien, la gestion approximative de la carrière de nos médaillés olympiques.
Je préfère m’arrêter là. Nulle part dans le monde on ne peut continuer de laisser un bijou comme le Taekwondo ivoirien entre des mains profanes.
Ce serait vraiment haïr la Côte D’Ivoire et le Taekwondo ivoirien que d’envisager son maintien. Cela est intolérable. Les Taekwondo ins ivoiriens l’ont très bien compris et ont eu raison de le révoquer de sa fonction de président de la FITKD. Il est déjà trop occupé par ses activités politiques pour s’occuper du Taekwondo.
Je profite de l’occasion que vous m’offrez pour exprimer mes sincères remerciements à nos autorités de tutelle, au CNO-CI, à la World Taekwondo, à l’AFTU, à nos amis de la presse nationale. Aux Taekwondo ins je leur exprime ma fierté pour leur résilience, leur stoïcisme devant tant de frustrations.
Je leur promets de ramener pour de bon le Taekwondo dans les Dojang pour leur plus grand bonheur.
Interview réalisée par KDE
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